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L’ONAPAC déjoue une tentative de fraude frontalière et saisit plus de 3 tonnes de cacao au Nord-Kivu



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jeudi 10 juillet 2025  

Par Justin Mupanya

Un important réseau de trafic illicite de produits agricoles a été mis en échec cette semaine dans la région de Beni. L’Office national des produits agricoles du Congo (ONAPAC), à travers sa brigade anti-fraude du secteur de Beni, a procédé à la saisie de 47 colis de cacao, représentant un poids global de plus de trois tonnes, destinés à une exportation illégale vers l’Ouganda.

L’opération, saluée comme un succès stratégique contre l’économie souterraine, a été menée dans deux zones-clés : la ville de Beni et la cité frontalière de Kasindi-Lubiriha, en territoire de Beni. Les cargaisons ont été interceptées à bord de deux véhicules distincts. Le premier, un camion de marque Fuso, transportait plus de deux tonnes de cacao. Il a été arrêté à la barrière de Kasindi, un point de passage très fréquenté vers l’Ouganda. Le second véhicule, une voiture légère, contenait plus de 500 kilogrammes du même produit. Il a été stoppé à Beni-Paida, à l’entrée nord de la ville.

Derrière cette saisie, une tentative de fraude transfrontalière bien orchestrée. Selon les précisions fournies par l’ingénieure Kaswera Sivialeghana Alphonsine, cheffe de la brigade anti-fraude de l’ONAPAC/Beni, les marchandises étaient acheminées hors des circuits officiels d’exportation, en violation des lois congolaises encadrant la commercialisation et la traçabilité des produits agricoles stratégiques comme le café et le cacao.

Un phénomène récurrent dans la région

La fraude agricole transfrontalière est un phénomène persistant dans le Grand Nord du Nord-Kivu, notamment à la frontière congolo-ougandaise où les produits agricoles, notamment le cacao et le café, sont souvent écoulés sans passer par les structures officielles. Cette contrebande prive non seulement l’État de recettes fiscales importantes, mais déstabilise aussi les producteurs locaux qui, engagés dans des filières formelles, subissent la concurrence déloyale de ces circuits parallèles.

Chaque colis qui sort sans traçabilité est une perte pour l’économie nationale, une insulte aux efforts des producteurs encadrés, et un affaiblissement de la souveraineté économique du pays, déclare une source interne à l’ONAPAC.

L’appareil judiciaire saisi, des enquêtes en cours

Suite à la saisie, l’ONAPAC a immédiatement saisi les instances judiciaires locales. Des enquêtes ont été ouvertes pour identifier les commanditaires, les transporteurs, ainsi que toute autre personne impliquée dans cette opération. Des éléments de la police et des services de renseignements collaborent dans cette phase d’investigation. Des sources proches du dossier évoquent déjà la possibilité d’un réseau structuré impliquant plusieurs acteurs, tant du côté congolais qu’étranger.

L’enjeu dépasse de simples trafiquants isolés. Il s’agit d’un système qui tente de contourner l’État pour des intérêts privés au détriment de l’économie nationale, commente un magistrat affecté au tribunal de commerce de Beni.

L’appel de l’ONAPAC à la responsabilité collective

À travers cette action, l’ONAPAC réitère son engagement à défendre la filière agricole nationale et à promouvoir une gouvernance transparente de la production et de l’exportation des ressources agricoles congolaises. L’institution appelle toutes les parties prenantes — producteurs, commerçants, transporteurs et agents de l’État — à œuvrer pour une chaîne de valeur conforme aux lois nationales et aux normes internationales.

'La RDC ne peut aspirer à l’émergence sans la maîtrise rigoureuse de ses ressources de base. Le cacao congolais a de la valeur sur les marchés internationaux, mais encore faut-il qu’il y parvienne légalement, dans le respect des normes et en profitant d’abord au pays', martèle la coordination locale de l’ONAPAC à Beni.

La République démocratique du Congo produit chaque année plusieurs milliers de tonnes de cacao, principalement dans les provinces de l’Est telles que le Nord-Kivu et l’Ituri. Ce secteur représente un potentiel stratégique pour la diversification de l’économie nationale. Cependant, la fraude, la faible organisation des filières, et le manque de contrôle renforcé à certaines frontières ralentissent considérablement l’impact économique de cette production.


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