OPINION: "Notre Code du travail est figé dans une époque révolue."
mardi 13 mai 2025
Dans un contexte de transformation globale du monde du travail, Philippe Undji, analyste politique et expert en politiques de l’emploi, appelle à une révision urgente du Code du travail congolais, afin de l’adapter aux exigences du numérique, du bien-être au travail et des nouvelles dynamiques de productivité.
Lors d’une conférence de presse tenue à sa résidence de Macampagne, à Kinshasa, l’expert a dénoncé l’immobilisme législatif qui freine l’évolution du monde professionnel en République Démocratique du Congo.
« Notre Code du travail est figé dans une époque révolue. Il ignore totalement les réalités actuelles des travailleurs, tant dans le secteur public que privé », a-t-il affirmé.
Des embouteillages symptomatiques d’un système inefficace
Parmi les problèmes majeurs, Philippe Undji pointe du doigt les embouteillages monstres qui paralysent quotidiennement les grandes villes comme Kinshasa et Lubumbashi. Selon lui, ces bouchons réduisent considérablement le temps de travail effectif des agents publics et des employés du privé.
« Comment respecter une journée de 8 heures quand un salarié passe deux à trois heures pour aller au bureau, et autant pour en revenir ? » s’interroge-t-il.
« L’État et les entreprises rémunèrent du temps plein, mais obtiennent du mi-temps. Ce décalage entraîne une perte nette de productivité. »
Le télétravail : une solution absente du droit congolais
Face à cette inefficacité structurelle, Undji propose l’intégration du télétravail dans le Code du travail. Pour lui, il ne s’agit pas seulement d’une option technologique, mais d’un levier stratégique pour l’économie nationale.
« Le télétravail permettrait de réduire les coûts de fonctionnement, d’améliorer la qualité de vie des travailleurs et d’augmenter leur rendement. Mais cela nécessite un cadre juridique clair, souple et protecteur », plaide-t-il.
La santé mentale et physique au travail : une priorité oubliée
Autre chantier prioritaire : la prise en compte effective de la santé au travail, tant physique que mentale. Philippe Undji préconise l’introduction de mesures concrètes obligeant les entreprises à garantir des conditions de travail saines : pauses encadrées, prévention du burn-out, formation au bien-être professionnel.
« Un environnement de travail sain est un droit, pas un luxe. Il conditionne l’engagement et la performance des travailleurs », rappelle-t-il.
Réformer pour construire une économie compétitive et humaine
Pour l’analyste, moderniser le Code du travail congolais serait un pas décisif vers une économie plus compétitive, inclusive et tournée vers l’avenir.
« Refuser d’évoluer, c’est accepter de rester à la traîne. Le droit du travail congolais doit impérativement rattraper son retard pour accompagner le progrès et préserver la dignité des travailleurs », conclut-il.
Son appel, déjà repris par plusieurs syndicats urbains et start-ups du numérique, pourrait bien marquer le point de départ d’une réforme profonde du modèle congolais du travail, plus en phase avec les défis contemporains.
Rédaction_Baraka
