Comment la RDC a structuré sa communication sanitaire pour sauver des vies ?
mardi 29 septembre 2026
Par Louise Makyambe
Écouter avant de guérir : l'engagement communautaire comme pilier des réponses épidémiques en RDC
Entretien exclusif avec Twaibu R., Conseiller en communication et relations publiques du Ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale.
Face aux épidémies successives d'Ebola et de Mpox, la République démocratique du Congo a engagé depuis 2022 une transformation profonde de sa communication sanitaire.
Avant cette réforme, les interventions sur le terrain souffraient d'un manque de coordination : messages contradictoires, duplication des efforts et perte de confiance des communautés. L'épidémie d'Ebola déclarée en 2022 dans la province de l'Équateur a servi de déclic, révélant l'urgence d'un système unifié.
Sous l'impulsion du Ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, un modèle reposant sur le principe « un seul plan, un seul budget, une seule coordination » a été progressivement mis en place. À travers le Centre des opérations d'urgence de santé publique (COUSP), une plateforme nationale de coordination réunit désormais chaque semaine autorités sanitaires, partenaires techniques et financiers, programmes spécialisés et représentants des médias. Cette approche a permis d'harmoniser les messages, d'optimiser les ressources et d'assurer une meilleure lisibilité des actions auprès des populations.
Parallèlement, des plateformes d'information dédiées ont été créées pour chaque épidémie, combinant diffusion numérique, bulletins radio et relais communautaires dans les zones sans connectivité. L'introduction du numéro vert national 151 a marqué une avancée majeure : accessible en continu, il permet aux citoyens de signaler des cas suspects, d'obtenir des informations fiables et de renforcer la veille sanitaire. Les données recueillies ont contribué à ajuster rapidement les stratégies de communication et à détecter précocement de nouveaux foyers épidémiques.
La transparence est devenue le pilier central de cette réforme. Des visites guidées de centres de traitement ont été organisées pour les leaders religieux, communautaires et médiatiques afin de lutter contre la désinformation et de restaurer la crédibilité des autorités sanitaires. Cette démarche a favorisé une adhésion accrue aux mesures de prévention, avec une hausse significative du signalement des cas dans les zones concernées.
Sur le plan financier, les équipes de communication ont été dotées d'outils standardisés pour mieux mobiliser les ressources. Grâce à des modèles budgétaires harmonisés et à une cartographie claire des mécanismes de financement, le taux d'acceptation des demandes de financement a considérablement progressé entre 2023 et 2025.
Pour l'avenir, la RDC ambitionne de pérenniser ce modèle à travers un cadre institutionnel renforcé, un financement durable de la communication sanitaire et un système de formation continue pour les experts provinciaux. L'expérience récente a démontré qu'au-delà des traitements médicaux, la confiance communautaire demeure le premier rempart contre les épidémies.
Comme le souligne Hussein Twaibu R., cette transformation est avant tout le fruit d'un travail collectif : autorités, partenaires, leaders communautaires et médias ont appris à parler d'une seule voix. En RDC, la coordination n'est plus perçue comme une contrainte administrative, mais comme une stratégie vitale pour protéger les populations et construire un système de santé plus résilient.
